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Dissertation Explicative Baudelaire Invitation

Exemple de dissertation

Objet d’étude : convaincre, persuader et délibérer

Les textes littéraires et les formes d’argumentation souvent complexes qu’ils proposent vous paraissent-ils être un moyen efficace de convaincre et persuader ?

Vous répondrez à cette question en un développement composé, prenant appui sur les textes du corpus et sur ceux que vous avez lus et étudiés. (sujet EAF 2002, séries S et ES)

Une fiche méthode rédigée par Jean-Luc.

À partir de la question ou de la citation, il convient de souligner les mots importants. Ici « textes littéraires », « formes d’argumentation », « complexes », « de convaincre et persuader ». À partir de ces mots importants, nous recherchons des synonymes ou des antonymes, plus généralement des mots de ces champs sémantiques. Les liens qu’ils entretiennent pourront nous permettre de reformuler la problématique. Ainsi « textes littéraires » peut évoquer pamphlet, apologie, satire, apologue, libelle, diatribe, critique, thèse, réquisitoire, défense, genre littéraire… « Formes d’argumentation » appelle controverse, raisonnement, démonstration, explication, discussions, déduction, méthode, causalité, synthèse, syllogisme, spéculation, analogie, comparaison… « Complexes » peut suggérer intellectuel, culturel, subtil, alambiqué, code, ensemble, figures de style, richesse du vocabulaire, registres, symbole… « Moyen efficace » évoque l’existence d’autres moyens d’expression : images, discours oral, quotidien, revue, radio, bandes dessinées, peinture, sculpture, cinéma… « Convaincre » nous renvoie au champ lexical du rationnel, de la démonstration, de la construction intellectuelle. Il existe alors une certaine distance, un certain recul entre l’auteur et le sujet dont il débat. « Persuader », quant à lui, fait référence à l’émotion, à l’affectivité, à la modalisation, et même à la manipulation comme à la propagande. Ici l’auteur s’engage dans la controverse avec toute sa personne. Rejeter ses idées, c’est le rejeter lui-même. L’existence des deux termes de sens voisin oblige à une distinction des formes, des procédés d’argumentation. Nous voyons qu’ici le domaine de discussion est celui de la littérature engagée, militante, de la littérature de combat. Nous sommes dans la confrontation des opinions, des convictions, aux frontières du choc des idéologies.

À ce point de la réflexion, il faut envisager des limites, une éventuelle contradiction, pour ne pas se laisser enfermer dans l’acquiescement béat. Est-ce bien la vocation de la littérature d’être un outil au service d’une cause ? Ne devrait-elle pas se montrer plus désintéressée ? Est-elle un moyen efficace de propager ses idées ou ses convictions ? N’existe-t-il pas d’autres moyens plus efficaces que la littérature ? Notons d’ores et déjà un écueil à éviter : le corpus traite du sujet de la guerre, remarquons qu’il s’agit simplement d’un domaine d’application particulier de la question plus générale du débat d’idées. En conséquence, ce serait une erreur de choisir ses exemples seulement en ce domaine, même s’il est plus pathétique et mobilisateur. La consigne invite à donner son opinion en s’appuyant sur les textes proposés et sur les œuvres étudiées au cours du second cycle. La simple exploitation des textes doit permettre d’inventer une bonne part de vos arguments. C’est aussi l’occasion de montrer votre culture.

La recherche des idées

Par exemple que sais-je du sujet en littérature ? Je peux me rappeler quelques grands textes de la littérature engagée comme J’accuse de Zola au moment de l’affaire Dreyfus, ou les œuvres polémiques de Victor Hugo contre la tyrannie de Napoléon III, telles que Les années funestes, Napoléon le petit, ou l’engagement des écrivains sous l’occupation, ou encore le combat des philosophes au siècle des Lumières… À la question quand ? je peux aisément m’apercevoir que cet engagement des écrivains est constant dans l’histoire littéraire. À la question comment ? je peux noter que ce sont les formes polémiques qui semblent le plus souvent retenues. À la question pourquoi ? je vais vite me rendre compte qu’il s’agit d’enthousiasme ou d’indignation, que les textes qui ont eu le plus d’impact sont ceux où leur auteur s’est le plus engagé. Si j’aborde la question des limites (et donc celle de l’efficacité), je peux penser au risque de lassitude, de manipulation, de complexité qui me feront repousser le texte.

Il est alors très important, à la fin de cette phase de créativité, de relire ses notes et d’examiner si chaque idée répond bien à la problématique, c’est-à-dire n’est pas hors sujet. J’élimine alors impitoyablement ces idées. Si ces idées entretiennent quand même un rapport avec le sujet je peux éventuellement les utiliser dans la phase d’élargissement de la conclusion ou dans la phase de présentation de l’introduction.

L’organisation des idées

À partir de ce moment, je vais chercher à organiser ma production par des regroupements en parties. L’idéal en ce domaine est de pouvoir en définir trois, garantie d’un plan équilibré, en particulier ce rythme ternaire autorise le dépassement de la contradiction, tout l’art de la démonstration. Je me sers de la fiche « les plans », et je n’oublie pas qu’il s’agit d’un canevas que j’aurai à habiller, à personnaliser, pour répondre au sujet précis. À l’intérieur de chaque partie, je vais organiser mon argumentation par une progression du moins important au plus important, sachant que les arguments les plus efficaces seront mieux retenus s’ils sont placés à la fin. Chaque idée et les exemples qui l’illustrent constitueront un paragraphe. Les idées sont reliées entre elles par des connecteurs de présentation : d’une part, d’autre part ; d’abord, ensuite, enfin ; des connecteurs d’addition : de plus, en outre ; des connecteurs d’opposition ou de nuance : cependant, toutefois… Je n’oublie pas que chaque partie est reliée à la suivante par une transition, c’est-à-dire un résumé de la partie terminée et une annonce de la partie suivante. C’est alors que je m’occupe de la conclusion et de l’introduction, pour être bien sûr que ces deux parties essentielles soient en harmonie avec ma démonstration. L’introduction et la conclusion sont rédigées entièrement au brouillon, alors que les parties n’ont fait l’objet que d’un plan détaillé. L’introduction est rédigée selon trois parties : l’exposition, l’énoncé du sujet ou la problématique, l’annonce du plan. La conclusion est rédigée en deux parties : la conclusion proprement dite ou résumé de l’argumentation, l’élargissement. Au final, je n’oublie pas de me relire pour éliminer les scories : les fautes d’orthographe, les répétitions ou les mots passe-partout.

Introduction

Exposition : Les écrivains sont d’abord des hommes qui appartiennent à leur époque, et même, compte-tenu d’une sensibilité plus vive, qui participent plus étroitement aux affaires marquantes de leur temps. Aussi n’est-il pas étonnant de voir ces témoins mettre leur art au service d’une cause politique ou de courants de pensée. C’est ce que nous appelons la « littérature engagée ».

Énoncé du sujet : Il est légitime de se demander si ce type de littérature est efficace, en particulier si les textes qu’elle produit, malgré la complexité de leurs formes d’argumentation, sont un bon moyen de convaincre et de persuader.

Annonce du plan : Il est vrai qu’habituellement un bon écrivain arrive à nous faire adhérer aux idées qu’il défend. Cependant la complexité des moyens mis en œuvre peut être un frein et c’est souvent en dehors de la stricte argumentation que les hommes de lettres nous aident le mieux à rejoindre leurs causes.

Développement

→ La littérature est un bon moyen de convaincre et de persuader.

Définition de ces deux termes : "Convaincre" s’emploie pour exprimer le fait que l’auteur cherche à amener un lecteur à reconnaître qu’une proposition, qu’un point de vue est véridique, irréfutable. En ce sens la conviction repose essentiellement sur l’exercice de la raison qui avance des preuves.

"Persuader" s’utilise davantage pour dire que l’auteur cherche à faire partager au lecteur son point de vue en jouant sur les émotions, sur la subjectivité, sans forcément utiliser de preuves systématiques.

Dans le corpus proposé, les textes de La Bruyère et de L’Encyclopédie sont davantage des textes de conviction alors que Voltaire et Giraudoux cherchent d’abord à persuader.

La volonté de convaincre, donc de construire un raisonnement, utilise la logique comme arme privilégiée. La Bruyère, comme l’auteur de l’article "Paix", énonce des faits que nul ne peut réfuter. La logique se voit également dans l’opposition entre l’état de Paix et la guerre.

L’Encyclopédie utilise un autre procédé : l’analogie qui consiste à comparer deux faits, deux situations pour en déduire une valeur explicative, ici la guerre assimilée à la maladie et la paix à la bonne santé. De fait on peut remarquer que l’auteur énonce une thèse subjective sous une forme apparemment scientifique. Nous sommes proches de la persuasion et même de la manipulation du lecteur.

Par contre, si l’auteur veut davantage toucher le lecteur dans son âme, faire plus appel à ses sentiments qu’à sa raison, il peut employer un ton plus lyrique.
La Bruyère utilise la dramatisation pour nous persuader avec les exclamations du début, l’accumulation des qualités qui nous fait regretter un peu plus la disparition du jeune Soyecour, pour finir sur un mode mineur et revenir à l’aridité de la logique : « malheur déplorable, mais ordinaire ! ».

De même, le texte théâtral, parce qu’il s’adresse très directement à des spectateurs présents dans une salle, joue peut-être davantage sur la persuasion. En effet, le théâtre est un lieu où se trouvent réunis des personnes qui éprouvent collectivement des émotions semblables.

Un autre procédé efficace pour convaincre ou persuader peut être relevé dans le corpus : il s’agit de l’ironie. Lorsque Voltaire veut dénoncer la guerre, il construit une fiction dont le but est de ridiculiser tout belligérant quelles que soient ses justifications. Dans Candide, il dénonce la guerre entre les Abares et les Bulgares, en montrant une réalité horrible, mais surtout absurde. Ainsi l’ironie est une composante essentielle de la stratégie argumentative.

→ Cependant la complexité des moyens mis en œuvre peut être un frein.

Être efficace signifie que le lecteur (ou le spectateur) modifie son point de vue sur une question précise ou commence à réfléchir sur un phénomène auquel il ne pensait pas auparavant.

De ce point de vue, il convient de relever que la littérature est plutôt élitiste : elle s’adresse (et particulièrement au XVIIIe siècle) à un public cultivé. Écrire suppose un lectorat. Un petit nombre seulement de personnes cultivées ont lu, en leur temps, les philosophes des Lumières.

On peut penser que le texte théâtral touche un nombre plus important de personnes. Mais, là encore, seule une fraction bien précise de la société se rend plus ou moins régulièrement dans une salle de théâtre. Les spectateurs de La Guerre de Troie n’aura pas lieu ne sont pas légion.

Enfin les procédés stylistiques de l’argumentation nécessitent une certaine culture, une connaissance de la langue, de l’histoire, des idéologies. Que penser du lecteur qui prendrait au pied de la lettre la fin du texte de Voltaire ? À quelles extrémités serait porté celui qui lirait l’argumentaire de Montesquieu sur l’esclavage sans en saisir l’ironie ?

→ C’est peut-être en dehors de la stricte argumentation que les écrivains nous aident le mieux à rejoindre leurs causes.

C’est dans les œuvres de fiction, par l’intermédiaire d’une histoire ou d’un monde qui nous remue que les écrivains sont lus. L’article « guerre » nous paraît plus efficace que l’article « paix ». Dans le second, l’auteur expose de manière aride les avantages de l’état de paix alors que, dans le premier, Voltaire nous captive par le charme d’une fable qui se termine d’ailleurs par un apologue. De la même manière, son Candide, roman sentimental et roman d’aventure, nous touche plus que ses articles du Dictionnaire philosophique. C’est si vrai que Voltaire, désireux de toucher un large public a choisi la forme du conte philosophique pour diffuser ses idées subversives. De même Les Misérables de Victor Hugo ont beaucoup plus contribué à faire avancer le socialisme militant que les œuvres théoriques des penseurs sociaux.

Et si les œuvres écrites ne connaissent pas toujours une large diffusion dans le public, leur capacité à convaincre et à émouvoir lorsqu’elles empruntent les canaux de la fiction, en font une source appréciée pour les adaptations au cinéma ou à la télévision, ce qui leur donne la notoriété. On peut penser à l’œuvre cinématographique de Stanley Kubrick avec notamment Orange mécanique qui a fait connaître le roman de l’écrivain anglais Anthony Burgess, un conte philosophique et satirique de politique-fiction dont le ton est proche du Candide de Voltaire, et qui est traversé de références à Swift ; ou bien encore à Barry Lyndon, récit de la déchéance d’un « hors-la-loi » social, méprisant, amoral et arriviste d’après le roman de William Thackeray.

Enfin certains courants littéraires ont affirmé avec force que la vocation de la littérature n’était pas d’abord de prouver, d’être utile ou morale. Pour des écrivains comme Baudelaire, Mallarmé, Gautier, le Parnasse, le plus souvent des poètes il est vrai, la littérature n’a pas à rechercher l’utilité et l’efficacité mais plutôt la beauté et le plaisir. Pour eux, d’une certaine manière, persuader ou convaincre, c’est avilir l’art.

Conclusion

Synthèse : Comme nous l’avons vu, les écrivains, souvent persuadés qu’ils avaient un rôle de guide à assumer à l’égard de leurs contemporains, se sont naturellement servis de toutes les ressources de leur art pour faire avancer leurs idées au risque de rebuter leurs lecteurs par la complexité des formes d’argumentation employées. En fait les textes majeurs que nous continuons de lire aujourd’hui sont ceux qui échappent aux règles strictes du genre argumentatif par leur fantaisie, leur originalité, leur capacité à nous émouvoir, par les récits auxquels ils nous convient. Dans la mesure, où le texte littéraire ne recherche pas seulement une efficacité immédiate dans une démonstration rationnelle, mais qu’il est capable de nourrir aussi le plaisir du lecteur, il peut devenir intemporel et continuer de nous intéresser.

Élargissement : Pourtant on peut regretter qu’aujourd’hui, la littérature, prisonnière de sa complexité, ne soit plus le vecteur privilégié pour défendre une cause auprès du grand public. Cinéma, chanson, bandes dessinées, d’un abord plus facile, ont désormais pris la relève.

Testez vos connaissances !

Avez-vous bien compris cette fiche de méthode ?

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La chevelure, Degas

Voici un commentaire du poème « La chevelure » de Baudelaire (Les Fleurs du Mal).

« La chevelure » est un poème de Baudelaire issu de la section « Spleen et Idéal » des Fleurs du Mal.

Introduction :

La femme est un des thèmes principaux dans Les Fleurs du Mal de Baudelaire.

On trouvait déjà une présence féminine sensuelle dans « Parfum exotique », qui précède « La chevelure » dans le recueil.

Toutefois, contrairement à « Parfum exotique » qui est réduit à un sonnet, « La chevelure » se déploie sur sept quintils (strophes de cinq vers), en alexandrins.

Cette forme plus longue permet à Baudelaire de déployer tout le pouvoir évocatoire de la chevelure.

Clique ici pour lire le texte « La chevelure » de Baudelaire

Problématiques possibles à l’oral de français :

♦ Quelle description de la chevelure fait Baudelaire ?
♦ Quelle vision du monde ce poème propose-t-il ?
♦ Quelle image de l’Idéal ce poème offre-t-il ?
♦ Quelle est la place de la chevelure dans ce poème ?

Analyse :

 I – Le pouvoir évocatoire de la chevelure

A – Un poème incantatoire

Le pouvoir évocatoire de la chevelure passe par un rythme incantatoire.

Les multiples «ô» vocatifs créent une forme d’incantation : on a l’impression d’entendre une prière adressée à une déesse.

Ces interjections sont soutenues par l’enchaînement de points d’exclamation. Par exemple :
« Ô toison, moutonnant jusque sur l’encolure !
Ô boucles ! Ô parfum chargé de nonchaloir ! » .

Les multiples enjambements et le rythme ample du poème créent une impression d’extension, de grandeur. On peut citer par exemple ces vers :
« Longtemps ! toujours ! ma main dans ta crinière lourde
Sèmera le rubis, la perle et le saphir« 

Si le poème est une incantation, c’est pour donner accès à un autre monde, à travers la représentation de la chevelure.

B – La métamorphose de la chevelure

La chevelure est sans cesse transformée dans ce poème.

Dès l’entrée du poème, elle est métamorphosée par l’emploi d’un vocabulaire faisant référence à la bestialité : « toison moutonnante », « encolure » et « crinière ».

A la fin de la première strophe, la chevelure se transforme à travers la comparaison : « Je la veux agiter dans l’air comme un mouchoir ».

D’abord animale, la chevelure devient végétale puisque la métaphore filée de l’animalité laisse place à une imagerie de la nature : « forêt aromatique » ,« l’arbre », « sève », « mer d’ébène », « huile de coco », « l’oasis ».

A travers ce  réseau métaphorique, Baudelaireprône un retour à la nature primitive de l’homme.

On peut considérer cela comme une critique de l’homme moderne dans le monde de la Révolution industrielle, où le rapport à la nature tend à s’amenuiser.

C – Le parfum de la chevelure

Si « la chevelure » est le titre du poème,  celle-ci n’est finalement qu’un prétexte pour parler d’autre chose.

De fait, Baudelaire évoque immédiatement le parfum de la chevelure.

Le parfum devient même omniprésent : on trouve quatre fois du terme « parfum » dans le poème, complétées par un champ lexical plus développé : « aromatiques », « senteurs confondues »…

Or, comme dans « Parfum exotique » , le parfum est vecteur du souvenir et de la rêverie.

Ainsi, dans « La chevelure », le sujet du poème se déplace. L’évocation de la chevelure mène à l’évocation du parfum qui mène à la rêverie et à l’évasion.

Dès le deuxième quintil, par de subtiles associations de sens, il devient question de terres lointaines, d’océans et de voyages.

Transition : Baudelaire détourne le thème initial du poème. La chevelure a un tel pouvoir évocatoire qu’elle mène le poète à une rêverie exotique.

 II – L’apologie de l’exotisme

A – La chevelure : un port

Dans ce poème, la chevelure devient un port vers l’ailleurs : c’est à partir de sa contemplation que Baudelaire s’évade vers des contrées lointaines.

Dans les premiers quintils, la chevelure est comparée à un port à travers un riche réseau métaphorique : « agiter comme un mouchoir », « vogue », « nage », « voiles », « rameurs », mâts ».

Le basculement entre la contemplation de la chevelure et le voyage s’opère entre les strophes trois et quatre.

En effet, la troisième strophe se termine sur deux points. Ces deux points, suivis du blanc typographique (commencement d’une nouvelle strophe) symbolisent un passage, une ouverture, une extension sur l’ailleurs :

« De voiles, de rameurs, de flammes et de mâts :

Un port retentissant où mon âme peut boire »

B – Un monde sensuel

La chevelure de la femme et son parfum font naître, comme dans « Parfum exotique », des visions d’un monde exotique idéal.

On retrouve ainsi dans « La chevelure » les caractéristiques de l’exotisme cher à Baudelaire :

♦ La présence de pays lointains : « Asie », « Afrique »

♦ La présence de la mer : « mer d’ébène », « voile », « rameur »

♦ La présence du soleil et de la chaleur : (au sens propre : « brûlante Afrique », « l’ardeur des climats », « de flammes », « l’éternelle chaleur », et au sens sensuel du terme : « langoureuse Asie »)

♦ La profusion naturelle : « plein de sève », « immense », « senteurs confondues »

♦ Présence de minéraux précieux : « or », « saphir », « rubis ».

♦ La langueur tropicale : « langoureux », « se pâment ». A la cinquième strophe, Baudelaire fait rimer « caresse » avec « paresse » .
Par ailleurs, l’assonance en « è » dans le poème, son doux et langoureux, suggère la paresse et le bien-être.

C – Un monde spirituel

Baudelaire décrit une rêverie exotique sensuelle. Comme nous l’avons vu, le plaisir des sens, la profusion naturelle, est au cœur de sa vision.

Toutefois, la sensualité chez Baudelaire n’exprime pas uniquement la jouissance physique : c’est également un moyen d’accéder à un monde spirituel.

On relève ainsi des références à :

♦ La profondeur : « vit dans tes profondeurs », « je plongerai », « ciel immense » qui exprime l’intensité de l’expérience mystique vécue.

♦ La fécondité : « pleins de sève », « à grands flots » , « infinis » . Au cinquième quintil, on lit : « ô féconde paresse ».

La paresse apparaît comme une source de création.
A l’activité incessante du monde moderne qui naît de l’industrialisation, avec par exemple la création du travail à la chaîne, Baudelaire oppose une morale de l’oisiveté créatrice de beauté.

♦ L’ivresse : « boire » , « ivresse », « je m’enivre ardemment » , « l’oasis » , « le vin ».

L’ivresse dont parle Baudelaire n’est pas une ivresse de la boisson.
Par métaphore, Baudelaire suggère une soif d’Idéal, une ivresse spirituelle.

Toutes les expressions liées à l’ivresse ont une dimension mystique : « où mon âme peut boire », « je hume à longs traits le vin du souvenir« .

Transition : La mise en place par Baudelaire d’une rêverie exotique est une invitation à l’évasion qui représente pour lui un idéal.

 III – Le rêve comme idéal

A – Un monde rêvé

Le voyage chez Baudelaire n’est pas qu’un voyage vers des contrées exotiques. C’est, plus largement, une invitation à l’évasion, pas seulement physiquement, mais aussi  travers des échappatoires mentales.

Ainsi le monde décrit n’est pas un monde réel mais un monde rêvé, imaginé.

Le lieu de l’exotisme n’est pas précisé : il n’est résumé que par les mentions imprécises de l’Afrique et de l’Asie, et par « là-bas ».

Il s’agit donc non pas de la représentation d’un espace réel, mais bien d’un espace rêvé.

Il ne s’agit pas d’une description, mais d’une vision. D’ailleurs, le mot « rêve » apparaît aux vers 14 et 34.

B – La résurrection du souvenir

L’évasion chez Baudelaire passe aussi par une résurrection du souvenir.

Le lien entre le voyage et le souvenir est omniprésent : « souvenirs dormant dans cette chevelure » , « vous retrouver » , « le vin du souvenir » .

La chevelure, en rappelant au poète ses souvenirs, fait ressusciter ces derniers :  cela est marqué par la coupure du vers 6/7 :

« Tout un monde lointain, absent, presque défunt/ Vit dans tes profondeurs ».

L’antithèse défunt/vit insiste sur ce passage de la mort à la vie.

Conclusion sur « La chevelure » :

Nous avons vu dans cette analyse que Baudelairedétourne le sujet initial du poème.

Au lieu de nous parler de la chevelure, comme l’annonce le titre, il nous propose un voyage exotique. Il déjoue ainsi les attentes de son lectorat.

Ouverture 1 : Il s’agit d’un poème qui célèbre l’idéal, à l’inverse des quatre « Spleen » des Fleurs du Mal de la section Spleen et Idéal.

Ouverture 2 : Les thèmes de la chevelure et de l’exotisme sont chers à Baudelaire. On les retrouve par exemple dans le poème en prose « Un hémisphère dans une chevelure« .

Tu étudies Baudelaire ? Regarde aussi :

♦ Baudelaire : Le chat (commentaire)
♦ Chant d’automne, Baudelaire (commentaire)
♦ Harmonie du soir, Baudelaire : analyse
♦ Le serpent qui danse, Baudelaire : commentaire
♦ Baudelaire, Le vampire
♦ Parfum exotique de Baudelaire : commentaire
♦ L’albatros, Baudelaire : commentaire
♦ Elévation, Baudelaire : commentaire composé
♦ L’invitation au voyage, Baudelaire : analyse
♦ L’ennemi, Baudelaire : commentaire
♦ Recueillement, Baudelaire (commentaire)
♦ Une charogne, Baudelaire : commentaire
♦ Remords posthume, Baudelaire : commentaire